Seladavid : "Je suis fier de mon parcours !"

Enfant, Seladavid travaillait dans la rue mais grâce à PSE, il a pu aller à l'école et a même poursuivi ses études jusqu'à l'université . Aujourd'hui c'est un adulte épanoui qui travaille à l'école des médias de PSE.

Une enfance difficile

« Quand j'étais petit, ma vie était difficile : je cueillais des liserons d'eau et je ramassais les ordures dans la décharge et dans les rues. Je ne dormais que trois heures par jour, je ne pensais qu'à travailler en fait. » raconte Seladavid. « C'était très dur et dangereux la décharge à cause du bulldozer et de tout le verre cassé alors que je marchais pieds nus. Je n'ai aucun mot pour décrire et raconter la situation sur la décharge... » ajoute-t-il. 

« Pour moi, c'était normal de travailler car je suis d'une famille pauvre mais je voulais quand même aller à l'école. Je voyais tous ces enfants qui étaient propres et qui pouvaient jouer. Je les voyais rire et sourire. J'espérais pouvoir aller à l'école un jour, comme les autres enfants » explique-t-il. 

La rencontre avec PSE

« La première fois que j'ai entendu parler de PSE c'est par ma mère quand j'avais six ans : elle m'a dit qu'elle avait contacté une association appelée Pour un Sourire d'Enfant et que grâce à un couple de français, Papy et Mamie, j'allais pouvoir aller à l'école. Pour moi, c'était incroyable que je puisse aller à l'école. Enfin mon rêve se réalisait et j'allais pouvoir être comme les autres enfants ».

« Sans PSE, peut-être que je serais toujours chiffonnier ou que je travaillerais dans la construction. Heureusement que ma mère a entendu parler de Papy et Mamie ! » ajoute-t-il. 

Si l'arrivée à l'école publique reste un moment magique pour Seladavid, son bonheur ne va pas durer. « Le premier jour, je me suis dit que l'école publique c'était le paradis ! Je me sentais propre dans les uniformes donnés par PSE. Mais j'ai compris que je n'étais pas comme les autres quand le professeur a dit : "il est chiffonnier, c'est un enfant qui vient d'une association de Phnom Penh". Les enfants et les professeurs étaient très méprisants avec moi. Je menais une vie très solitaire à l'école alors que tous les autres enfants jouaient ensemble. C'est dur de raconter ça...  » dit-il, ému. 

 

Seladavid souhaite alors arrêter l'école mais il en parle avec sa mère qui contacte rapidement l'équipe sociale de PSE. Les assistants sociaux comprennent les difficultés rencontrées par le garçon et lui permettent de continuer sa scolarité au Centre PSE. « J'étais très heureux là-bas car nous étions tous pareil. »

Atteindre ses objectifs

« En 2010, j'ai été volontaire pour les camps d'été. Je ne parlais pas français ni anglais donc je communiquais seulement par gestes et mimiques avec les volontaires européens. C'était vraiment difficile alors je me suis dit qu'il fallait que j'apprenne l'anglais. J'ai beaucoup lu et je notais tous les mots difficiles dans un carnet ; j'ai aussi beaucoup parlé avec les professeurs d'anglais. L'été d'après, j'arrivais à communiquer en anglais. Alors je me suis dit "et pourquoi pas le français ?". J'ai appris de la même manière : j'ai lu, écouté la radio, regardé la télé et participé à tous les événements francophones. En 2012, je pouvais comprendre et communiquer en français. J'étais très content de moi car j'ai vu des résultats à tous les efforts que j'ai faits. »

Seladavid passe donc le bac avec deux langues maitrisées en poche. Ses rêves d'avenir ? Etudier le français à l'université ou entrer à l'école des médias, lui qui est passionné de cinéma. C'est une simple erreur de chiffres qui va décider de son avenir. « J'ai obtenu une bourse pour aller à l'université mais j'ai quand même passé l'entretien avec Papy et Mamie pour l'école des médias. Papy m'a posé beaucoup de questions : "pourquoi tu aimes cette école", "que penses-tu du cinéma au Cambodge", etc... Il m'a ensuite demandé "Penses-tu que tu vas aimer cette école ?". Je voulais lui répondre "à 80%" mais je me suis trompé avec les chiffres et lui ai dit 40. Comme il savait que j'avais reçu une bourse pour l'université, il m'a encouragé dans cette voie. Quand j'ai réalisé que je m'étais trompé de chiffre, je me suis dit que ce n'était pas grave et que je pourrais toujours réessayer plus tard. En plus, j'étais content d'aller à l'université. »

 

Seladavid obtient son diplôme universitaire et devient professeur de français. Sa passion pour le cinéma le rattrape pourtant et il rejoint l'équipe de l'école des médias de PSE en tant que conseiller d'éducation. « J'aurais pu travailler ailleurs qu'à PSE mais c'était vraiment important pour moi d'aider l'association. Dans mon bureau, il y a une grande photo de Papy car c'était son école. Même s'il a disparu en 2016, il travaille encore avec nous chaque jour. J'aimerais devenir responsable d'un des programmes de PSE dans le futur pour aider tous les enfants qui sont encore dans la misère » dit Seladavid. 

« Si je devais donner un conseil à un enfant qui vient d'arriver à PSE, je lui dirais de faire des efforts, de bien travailler et de toujours penser aux études car c'est grâce à l'éducation qu'il va pouvoir obtenir un bon travail et changer de vie. Si j'ai réussi, ce n'est pas parce que je suis plus intelligent qu'un autre mais parce que j'ai beaucoup de motivation et de passion dans ce que je fais » explique-t-il.

Construire son futur

« En décembre, je vais me marier avec Rida, une ancienne de PSE, que j'ai rencontrée en 2012 » dit-il, sourire aux lèvres. « Quand nous aurons des enfants plus tard je leur raconterai mon histoire pour qu'il connaisse mon passé. »

 

« Aujourd'hui je suis très fier de moi parce que j'ai pu sortir d'une situation très difficile ! Je suis aussi très fier de ma mère et de ma famille. »

Participation à la Tournée 2019

« Je suis très heureux de participer à la Tournée car c'était un rêve de venir en France et aussi de pouvoir donner un coup de main à PSE » explique Seladavid. Comme chaque année, Marie-France des Pallières fondatrice de PSE est en tournée dans toute la France pour présenter PSE et parler de la situation au Cambodge. Elle emmène toujours avec elle un "ancien" de PSE qui témoigne de son parcours. Cette année, c'est Seladavid qui a été choisi pour l'accompagner. 

« Avant d'arriver, je pensais que ça allait être difficile car je suis très loin de mon pays et tout est différent. Mais en arrivant ici je me suis en fait dit que ça allait bien se passer. C'est un très beau pays et j'adore la nourriture : le pain, la charcuterie, le fromage... J'ai beaucoup mangé depuis que je suis arrivé ! » dit Seladavid en rigolant. 

 

Pendant plus de deux mois, le jeune homme a partagé son histoire avec les spectateurs venus à sa rencontre. « Au début c'était dur de raconter mon histoire en français car ce n'est pas ma langue maternelle. Mais j'essaie et je fais des efforts parce que je sais que c'est une manière d'aider PSE » explique Seladavid. « Aussi, c'est très difficile car je repense beaucoup à mon passé : la décharge, la rue, le fait de devoir manger dans les poubelles... Mais petit à petit j'arrive à me dire que ce n'est que le passé et que je dois me concentrer sur le présent et le futur ».

« Grâce à ce voyage, j'ai appris beaucoup de choses, c'était très intéressant. J'ai vu des différences dans la manière de vivre et d'échanger. Ici, les gens osent montrer leurs idées, ce n'est pas comme ça au Cambodge. Peut-être qu'en revenant là-bas j'essaierai de copier le style des français » conclut Seladavid avec un large sourire.