Chenda : changer de vie grâce à l'éducation

Après sa scolarité à PSE, Chenda, 33 ans, a obtenu une maîtrise "Administration des Affaires" (MBA) en Ressources Humaines. Depuis, il est revenu à PSE et travaille comme Superviseur des Opérations à l’école de gestion et vente.

Du travail de rue...

Chenda a grandi à Phnom Penh, entouré de ses 9 frères et soeurs. Son père travaillait beaucoup afin de subvenir aux besoins de cette famille nombreuse : en plus de son travail de chauffeur, il ramassait les déchets pour avoir un revenu supplémentaire. « J'allais avec lui dans les rues de Phnom Penh. Avec notre balluchon sur le dos on ramassait les déchets qui pouvaient avoir de la valeur à la revente, c'était notre quotidien » se rappelle Chenda.  

Pendant cette période, Chenda allait aussi à l'école publique et n'avait donc cours que par demi-journée. « Si j'allais à l'école le matin, l'après-midi j'allais sur la décharge pour gagner un peu d'argent et parfois je restais toute la soirée jusqu'à 2h du matin... Il m'est même arrivé de dormir pendant une ou deux nuits directement sur la décharge, c'était le plus dur. Si j'allais à l'école l'après-midi je venais sur la décharge la nuit et le matin, c'était un roulement » explique Chenda. 

... aux bancs de l'école

C'est en 1996 que Chenda, alors âgé de 10 ans, entend parler de PSE. Il se rend de lui-même au Centre PSE pour y étudier. « J'ai commencé à étudier à PSE mais mon nom n'était pas sur la liste de la classe, du coup je pensais que je ne pourrais pas rester et qu'ils allaient me mettre dehors » explique Chenda, qui, dès son arrivée à PSE, a mis toutes les chances de son côté en travaillant dur et en aidant ses camarades de classe. 

« Quand je suis arrivé je me suis dit que c'était le moment de changer de vie. Je suis devenu un excellent élève et chaque semestre de chaque année je recevais une récompense pour mes bons résultats ». C'est avec beaucoup de fierté qu'il précise que sa réussite était due à son acharnement et à sa rigueur. « A plusieurs reprises j'ai donné des cours : on se réunissait chez moi par petit groupe avant les examens nationaux. Je donnais surtout des cours de soutien en khmer et en mathématiques. Mes professeurs m'appréciaient beaucoup parce que j'étais un bon élève et que j'aidais les autres. De cette manière on se tirait tous vers le haut ».

S'entraider, une valeur essentielle

PSE est une grande famille dans laquelle chacun prend soin des autres et sait se mobiliser si besoin. Chenda raconte avec humilité la manière dont tous ses amis l'ont soutenu. 

 

« Il m'est arrivé une fois de ne pas avoir pu manger pendant un long moment. Mon père avait eu un excès de colère et avait jeté tout le riz cuit dont nous disposions. Heureusement, je savais que PSE nous fournissait du pain comme encas. J'ai donc attendu ce moment avec impatience et après avoir fini mon morceau de pain, j'ai demandé à un ami qui n'avait pas mangé le sien si je pouvais le prendre. Il m'a fait une remarque à laquelle je ne m'attendais pas : il m'a dit que j'avais l'air affamé ; je ne pensais pas que ça pouvait se voir aussi rapidement. Un peu gêné, je lui ai expliqué que je n'avais pas mangé depuis un bout de temps. J'avais les larmes aux yeux et je me retenais de pleurer. Il m'a gentiment offert son morceau de pain, et je n'en ai parlé à personne. Lui par contre en a parlé à d'autres amis qui m'ont tous donné leur morceau de pain. J'étais tellement touché et reconnaissant... Je ne pourrais pas expliquer ce sentiment. Voir ses amis nous soutenir quand on est le plus dans le besoin est quelque chose que tout le monde n'a pas la chance d'expérimenter ! Et j'ai donc mangé 5 baguettes en une heure » conclut Chenda. Des dizaines d'années plus tard, il est toujours aussi bouleversé par la compassion de ses camarades.

Devenir un professionnel 

Chenda se souvient aussi des sessions organisées par Papy, Christian des Pallières fondateur de PSE, pour parler de leurs aspirations et de leurs rêves. « Un jour Papy m'a demandé ce que je voulais faire plus tard dans la vie et je lui ai répondu que j'avais deux rêves. A cette époque je voulais être policier ou médecin. Policier car je faisais de la boxe et je suis quelqu'un de très patriote, je voulais donc être au service du Cambodge pour aider le pays et les personnes qui y résident. Papy m'a ensuite demandé pourquoi médecin. Je lui ai expliqué que mes résultats scolaires étaient bons, surtout en mathématique et en chimie, et surtout que c'était pour aider les autres. Il m'a dit que mes rêves étaient beaux. »

Finalement Chenda n'est pas devenu policier ni médecin. Après avoir obtenu son brevet en 2006 à PSE, il a réalisé un bachelor en management suivi d'une maîtrise en Administration des Affaires (MBA). « J'ai eu mon diplôme à PSE en 2006. J'ai dû commencer à travailler rapidement pour payer l'eau et l'électricité de la maison. J'ai continué à me former de manière différente : je travaillais la journée pour avoir plus d'expérience professionnelle et suivais des cours du soir. En 2010, je suis revenu à PSE, ça fait presque 10 ans maintenant. J'ai eu une très longue vie à PSE ! » dit Chenda avant d'éclater de rire. 

 

Il travaille actuellement à l'école de gestion et vente de PSE. Au début, il était enseignant et aujourd'hui il supervise les opérations. « Je m'occupe de toute l'administration, la maintenance et les ressources humaines de l'école de gestion et vente. Mes anciens professeurs pensaient que je pourrais transmettre mes connaissances aux plus jeunes et que mon profil était pertinent pour ce travail. »

Chenda parle avec passion de l'environnement dans lequel il évolue quotidiennement. « Je connais parfaitement le système et on connait bien les élèves donc ça biaise notre relation. Ici je vois mon ombre et mon histoire passée alors ça m'incite à être plus compréhensif avec les jeunes parfois. Personnellement je suis fier d'avoir étudié à PSE et j'en parle à tout le monde, même à mes élèves. Quand je leur dis, une phrase qui me touche beaucoup revient souvent : "Ah, vous êtes un ancien de PSE? Alors vous n'êtes pas seulement notre professeur, vous êtes aussi notre famille" ».

Envisager l'avenir

« Je veux continuer à aider le plus possible et je resterai au maximum à PSE. Je leur dois tant ! Tant qu'ils auront besoin de moi, je serai là. » dit Chenda, fièrement. 

 

Chenda raconte souvent son histoire à ses deux enfants et la chance qu'il a eu de venir à PSE. « Nous avons une vie bien meilleure qu'avant et nous pouvons nous offrir tout ce dont nous avons besoin ». Il confie avec tendresse et espoir qu'il souhaite que ses enfants aident PSE quand ils grandiront.