Encore des besoins au Cambodge ?

Marie-France des Pallières, fondatrice de PSE, explique la situation actuelle des familles que nous soutenons et leurs besoins, toujours nombreux.

« D'aucuns s'étonnent : depuis plus de 20 ans, maintenant, que vous travaillez au Cambodge, il y a toujours des familles dans des situations catastrophiques ? ... Malheureusement oui ! Et, à cela, il y a plusieurs raisons. 

Il faut savoir que, durant ces 20 ans, le pays s'est développé, et rapidement. Ce développement, bien sûr, comme partout, induit l'augmentation du coût de la vie : loyers, riz, nourritures, terrains... tout est devenu considérablement plus cher. Par contre, le prix d'achat des ordures de nos familles chiffonnières, par exemple, est resté pratiquement aussi bas donc, proportionnellement, il a énormément diminué. Nos familles qui cueillent les liserons d'eau, pour les vendre, celles qui lavent le linge des autres, qui vendent des bigorneaux sur le bord de la route, toutes ces familles les plus pauvres, qui sont celles de nos enfants, n'ont pas vu leur revenu augmenter dans les mêmes proportions. Tous ces petits métiers n'ont plus d'avenir, mais ce sont ceux de nos familles, qui n'ont aucune compétence, aucune formation et qui, essaient, courageusement, de survivre par ces moyens de fortune. 

Quand la situation devient catastrophique, on emprunte, pour payer le loyer ou, tout simplement, pour manger. Mais les taux d'intérêts sont très élevés, parfois jusqu'à 20% par mois !... Un cycle infernal dont on ne peut plus se sortir.

Beaucoup, aussi, avaient un petit bout de terrain à la campagne, qui leur permettait de survivre. Mais au bout de deux, trois... sécheresses ou inondations, comme c'est souvent le cas dans les régions de Prey Veng ou de Svay Rieng, ou bien à cause de la maladie d'une grand-mère ou celle d'un papa, on commence par hypothéquer sa petite rizière, et puis, finalement, on se trouve obligé de la vendre... et on arrive en ville, en espérant s'en sortir mieux. Et là, c'est le piège. 

Le développement du pays, de 7% par an, c'est excellent, et on ne peut que s'en réjouir. Mais cela comporte des effets collatéraux sans doute inévitables, qui excluent ceux qui sont en dehors du système.

Par exemple, ce développement fait que le secteur de la construction explose. La conséquence logique est la flambée des coûts des terrains : le même petit bout de terre, de 4 m x 5 pour construire sa petite cabane, qui se louait, il y a 10 ans, 2,5$, en coûte aujourd'hui, 10 ! ... Et si on est propriétaire, de toute façon, on se trouve acculé à vendre, à cause du développement du quartier. Alors, on est obligé de s'éloigner encore plus du centre-ville. 
Et je ne parle même pas de l'argent facile, qui attire les jeunes dans les lieux de drogue et de prostitution...

Alors oui, il y a encore d'immenses besoins. Notre travail de scolarisation et de formation des enfants, de formation des parents aussi, reste vital. C'est la seule chance, pour eux, de s'en sortir, en s'insérant, par un vrai métier, dans le circuit de développement du pays. 

Il est urgent de continuer à aider ces enfants et ces familles sinon, c'est une génération de plus qui risque d'être sacrifiée. Il ne faut surtout pas baisser les bras, puisque ça marche ! On peut les sauver, mais on a besoin de tous. 

Et c'est pourquoi nous remercions infiniment tous ceux qui, suite à un "coup de coeur", ont décidé de faire un don pour ces enfants. C'est déjà énorme ! Mais nous soutenir dans la durée en renouvelant ce don de temps en temps est très important aussi, car cela nous permet de continuer. 
Et puis, il y a aussi le parrainage, qui assure la sécurité de la prise en charge des enfants jusqu'à leur sortie avec un métier. 

Alors, nous comptons sur vous ? »

Marie-France des Pallières, fondatrice de PSE